James Douglas, c’était l’Américain à Paris, avec son envie non dissimulée de vivre le french dream, ses désirs de boire au Flore ou aux Deux Magots, ses envies de ballades dans Montmartre, affublé d’un béret, une baguette sous le bras... Un écrivain, « malgré moi » écrit-il dans la préface, qui rédigeait en américain, mais comble, pensait en français ! A force d’aller-retours transatlantiques, il revient finalement à Paris au printemps 2004 avec un roman achevé, qu’il demande à son ami Ollivier Pourriol de rédiger en « bon français ». L’idée est séduisante. Ollivier Pourriol traduira donc le premier et unique roman de son ami James Douglas, décédé l’an dernier à l’âge de 34 ans, et laissera alors apparaître toutes les images et fera vivre tous les instantanés de ce Polaroïde.
New York. 23h59. Black out total. Une boule de feu déchire l’air, rase les fondations d’un building, de haut en bas. Une chute vertigineuse en partance du 29ème étage. C’est la vieille dame du 28ème qui le dit à l’inspecteur du NYPD. Oui mais voilà, plusieurs dizaines de mètres plus bas, rien. Pas de corps. Pas de sang maculant l’asphalte.
Tel est le point de départ de Polaroïde , ce livre « gratte-ciel », où l’on déambule de couloirs en escaliers, entre sommet et rez-de-chaussée.
Avec Polaroïde , James Douglas prête son œil ironique et drôle à cet inspecteur qui va autopsier l’immeuble, à la recherche d’indices ; à tous les étages, il frappe aux portes, cours et flâne au sein du microcosme qu’est ce monstre de l’architecture.
A chaque étage, une porte s’ouvre, un instantané est tiré, un cliché prend forme. Entre témoins cocasses, délires poétiques et réflexions doucement philosophiques, l’inspecteur va replonger dans ses souvenirs, trébucher sur quelques instants nostalgiques, et puis, tomber dans l’amour, fall in love comme disent les américains.
Ce roman à l’ironie cinglante, plein de fantaisie et d’autodérision, chapeauté par la menace terroriste, est une vraie bouffée d’oxygène. L’écriture est vive et insolente, le héros lui, est attachant. On rit, on grimace, mais on regrette surtout que Polaroïde soit le seul ouvrage de cet auteur, qui méritait vraiment d’être connu de son vivant.
Polaroïde , ça serait comme un envol, une étoile filante, une inspiration jamais arrêtée, un satellite en orbite, un caillou lancé d’en haut, qui jamais ne serait tombé. Espérons tout de même que s’il doive atterrir (ou juste rebondir on lui souhaite), il le fasse chez ses compatriotes, de l’autre côté de l’Atlantique, ça ne serait que justice rendue au talent et à l’impertinence de James Douglas, trop tôt disparu.
Polaroïde, de James Douglas et Ollivier Pourriol(adaptation et traduction), Grasset, 19,90€. Retrouvez aussi Ollivier Pourriol le 29 avril et le 13 mai 2006, au MK2 Bibliothèque pour des débats ciné-philo, autour du cinéma et de l’image. Ollivier Pourriol est l’auteur de Mephisto Valse (2001), et de Le peintre au couteau (2005), tous deux publiés chez Grasset.
le 24/04/2006
Vous ouvrez les yeux et vous vous demandez. Où suis-je ? Est-ce que j’ai dormi ? Est-ce que j’ai rêvé ? La réponse est quelque part, probablement, oui. J’ai rêvé d’une petite fille. Elle avait de longs cheveux blonds, des yeux bleus, une robe blanche. Une vraie petite fille de rêve. Elle me dit Réveille-toi ! J’ai une devinette pour toi. Un homme entre dans une voiture. Au moment où il entre dans la voiture, il meurt. La petite fille sourit, elle me demande : Pourquoi ?
Nous autres Américains avons un gros défaut : nous ne savons pas mourir. Pour nous c’est comme partir à Paris, en vacances éternelles. Paris c’est le Paradis, même s’ils n’ont pas d’étoiles sur leur drapeau rayé, même s’il n’est pas fiscal, même si je n’y suis jamais allée.
Je sais que je ne suis pas nombreux sur cette position, même si elle se répand peu à peu, mais je ne crois pas à la torture. Un interrogatoire musclé, quelle faute de goût : soit on demande poliment, soit on cogne, mais on n’interroge pas musclé. Une fois j’ai dû poursuivre un interrogatoire. C’était allé un peu loin, eh bien on se surveille tout de même : j’étais en train de me consulter dans les pages jaunes pour appeler à l’aide à cause de mes violences policières quand tout à coup la lumière est revenue dans ma tête. Ça a fait FLOOOOOOF! et c’était moi dans la glace, la réflexion quelle illusion d’optique. Déjà, je me suis dit ? Déjà la police sur les lieux ? Les pages jaunes, c’est formidable. Je ne crois pas à la violence. Je crois à la science, tellement plus sophistiquée et discrète. Le détecteur de mensonges est un outil merveilleux, et selon moi aussi fiable que l’astrologie. La numérologie reste inattaquable, surtout du point de vue minéralogique, et toute la théorie de la tectonique des plaques sous-jacente a laissé une empreinte digitale et profonde dans nos pratiques quotidiennes.